J’Europe, une aberration dans le domaine du Serious Game

Pour les néophytes, ce ne sont pas les articles qui manquent sur la Toile sur la définition de ce qu’est un Serious Game. Je vous épargnerai, amis lecteurs, qui me suivez, de vous faire l’éloge de ce qu’est un Serious Game. Toujours est-il que vous l’aurez compris, mais qui dit Serious Game, dit avant tout jeu, jouer, s’amuser,… tout en intégrant une matière sérieuse.

Après m’être inscrit sur J’europe, le jeu me propose de choisir parmi 4 personnages : un journaliste, un citoyen, un député ou un lobbyiste.

Peu importe mon choix, toujours est-il qu’apparait un personnage qui s’adresse à moi à la 2è personne en m’annonçant mon rôle. Déjà là, la tirade textuelle aurait pu être épargnée. Ce personnage me renseigne sur différents liens afin de me documenter. Le but du jeu ici est de devoir lire tout un tas d’articles. Imaginons maintenant que je me suis bien documentée en ayant tout lu, ce même personnage me propose deux choix, lesquels m’envoient vers un slide suivant pour encore une fois m’indiquer différents liens documentaires et le jeu continue comme ça jusqu’à la fin.

Le plus marquant, c’est le rôle du citoyen qui vous propose deux choix dont l’un d’entre eux est de lancer des pavés sur les fenêtres du Parlement. Si vous faites ce choix, le jeu se terminera avec un slide vous annonçant aimablement que vous n’avez pas fait le bon choix et que vous terminez l’aventure en prison. Venant d’associations actant dans le civisme et la démocratie, j’en suis arrivée à me demander l’objectif profond de cette partie. Et je me suis arrêtée là car j’en avais vu assez.

En résumé, J’europe est tout simplement un diaporama accompagné d’illustrations et de liens où la simulation est uniquement au service de votre  pure imagination. Et si vous n’en avez pas, tant pis pour vous !

Franchement, comment peut-on classer J’europe de Serious Game lorsqu’aucun critère ne répond à sa définition.

J’aurais pu être plus méchante avec d’autres propos ou j’aurais pu ne pas écrire d’article comme j’ai l’habitude de faire lorsqu’un jeu ne me plaît pas mais en même temps, je ne peux pas me permettre de laisser passer des produits tels que ceux-ci, surtout venant d’institutions européennes tels que le CIDEM, le Ministère des Affaires étrangères, la Commission européenne, la Ligue de l’enseignement et Animafac qui sont à l’origine de ce qu’ils appellent un jeu.

En une phrase, J’europe est tout simplement une aberration dans le domaine du Serious Game.

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8 Responses to “J’Europe, une aberration dans le domaine du Serious Game”

  1. […] Dans son article critique à propos de J’Europe, Yasmine Kasbi revient sur ce qu’est un véritable jeu sérieux et met en […]

  2. Cidem dit :

    Bonjour,

    Tout d’abord merci de nous consacrer un article en 1ère page de votre blog. Nous souhaitons simplement rebondir sur quelques petits points de votre article et vous expliquer plus concrètement notre démarche.

    Pour commencer sur notre site internet nous ne nous revendiquons pas comme seriousgame. Certes nous nous qualifions de jeu puisque nous avons imaginé ce projet en suivant l’idée des « Histoires dont vous êtes le héros » aussi appelé « livre-jeu » (malgré les tirades textuelles).

    Le but de notre jeu n’est, bien sûr, pas de lire tous les articles référencés dans les parcours mais d’entrer dans la peau de 4 personnages à différentes fin :
    – Le réel but de ce projet est d’éveiller, via un outil web interactif, l’intérêt des jeunes, et des moins jeunes, pour les enjeux démocratiques européens et encourager leur participation aux élections parlementaires européennes.
    Nous sommes bien conscient que J’Europe ne sera pas nominé au Game Paris Awards et ne prétendons pas à bousculer l’univers des seriousgame.
    – Nous souhaitons simplement susciter l’intérêt des jeunes générations pour le projet européen et leur faire prendre conscience qu’ils sont citoyens européens.
    – Rendre l’Europe plus concrète aux yeux des joueurs en les intégrants dans une histoire ; leur faire découvrir l’existence de nombreux sites d’information sur les questions européennes.

    En invitant les joueurs à incarner des personnages qui mènent des activités à dimension européenne, nous espérons leur faire prendre conscience qu’ils peuvent eux aussi s’impliquer dans la vie démocratique de l’UE.
    Pour finir nous nous engageons à développer une citoyenneté européenne active en France à l’approche des élections européennes de 2014.

    Bien que nous ne comprenons pas totalement votre animosité pour J’Europe nous prenons en compte votre critique pour nos futurs projets.
    Nous ne sommes pas à l’origine d’un jeu révolutionnaire mais avant tout d’un outil pédagogique.

    • Yasmine Kasbi dit :

      Bonjour,

      Merci à vous d’avoir répondu à cet article et merci pour vos explications.
      L’animosité n’est pas le terme adéquat, je me heurte simplement en constatant ce type de produit, que vous qualifiez, malgré tout de jeu et qui n’en est pas.
      Mon but n’était pas ici, et vous l’aurez compris, de susciter une contre-publicité mais bien d’émettre une critique constructive pour ne plus produire des outils tels que celui-là car, et j’espère, je vous l’assure, avoir tord, risque de ne pas susciter grand intérêt auprès du public visé.

      Quoiqu’il en soit, j’espère que vous rencontrerez satisfaction et vous souhaite pleine réussite.

      Bien cordialement

  3. Je viens de l’essayer. J’ai pris l’histoire « journaliste politique ». C’est encore pire ! Le lien qu’ils me proposent est une page d’un site gouvernemental français, bien indigeste. Mais le meilleur du pire est à venir : quand je clique sur « page suivante », le truc se met en boucle et m’affiche la première page…

    Vraiment du travail de M…

  4. En même temps, c’est intéressant en tant que contre-exemple : un beau cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. J’ai assisté un jour à un festival de court-métrage. Je me souviens en particulier d’un documentaire sur la Thaïlande – que le commentateur s’obstinait à prononcer « Thélande ». Tout était mauvais dans ce fil : le montage, des plans fixes d’un ennui mortel, un commentaire sirupeux et dénué d’intérêt, des cadrages débiles, etc. En fait, j’en ai beaucoup appris sur l’art du cinéma, ce jour-là… Et depuis, je rends hommage à tous les grands cinéastes qui nous donnent à voir de véritables merveilles.

    C’est pareil pour ce serious game apparemment : tous les défauts rassemblés en un seul jeu, c’est presque un record…

    Et après avoir enseigné ce qu’il faut faire, un contre-exemple bien ennuyeux peut faire comprendre à quel point les bonnes pratiques sont importantes…

    Merci pour ce billet qui lui est tout sauf ennuyeux 😉

    Marco.

    • Yasmine Kasbi dit :

      Je pense, effectivement, qu’il est essentiel de parler de ce qu’il ne faut pas faire. C’est d’ailleurs souvent un sujet de débat lors de conférence. L’objectif ici n’étant pas de casser un produit, bien évidemment, mais bien de prouver qu’on ne fait pas un serious game n’importe comment. Merci pour ce partage 😉

  5. […] Pour les néophytes, ce ne sont pas les articles qui manquent sur la Toile sur la définition de ce qu’est un Serious Game. Je vous épargnerai, amis lecteurs, qui me suivez, de vous faire l’éloge de …  […]

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