KissYourTeacher, une game jam en route pour révolutionner l’éducation

Nombreux théoriciens et pédagogues ont bien conscience qu’il est temps d’apporter du sang neuf à l’enseignement. Pas si neuf que ça finalement puisqu’il s’agit de reprendre en partie les méthodes de Montessori, Frenet et autres grands pédagogues et de les adapter aux nouvelles technologies d’aujourd’hui en intégrant de la gamification au sein même d’un enseignement et en utilisant ces outils qui ont déjà fait leur preuves.

Révolutionner l’éducation, on en parle depuis un bon moment déjà. De la théorie à la pratique, il ne manquait plus qu’un pas, le voici maintenant comblé avec KissYourTeacher, une game jam éducative où pédagogues, futurs pédagogues, programmeurs et infographistes se sont réunis l’espace d’un week-end pour créer des serious games éducatifs.

Parti d’une initiative de plusieurs partenaires, des concurrents se sont rassemblés du vendredi 9 au dimanche 11 octobre 2015 afin de créer les outils éducatifs du futur. Près de 70 inscrits de tous âges et de tous bords ont formés des équipes afin d’élaborer un outil pédagogique. Des élèves du secondaire, le plus jeune ayant 12 ans, aux étudiants du supérieur, ils sont venus des 4 coins de la Belgique et même au-delà puisqu’on comptait parmi eux des élèves venus de France.

Mise en bouche

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Sous un air de colonie de vacances, ils sont tous arrivés vendredi en fin de journée, armés de leurs bagages. Une fois installés, ils se sont dirigé vers la conférence où quatre entreprises professionnelles ont partagé leurs savoir-faires, expériences et conseils : Laurent Grumiaux de Fishing Cactus, Marc Meurisse de Belle-Productions, Cédric Sabato de L’Art-Chétype et Nicolas Jura de Dragon Slide. Après quoi les organisateurs ont donné leurs consignes. Un petit verre de l’amitié et quelques morceaux de pizzas et puis go, c’est parti pour près de 48h de travail intensif.

On peut dire que ce week-end fut un moment magique car déjà, le défi n’était pas facile en sachant qu’il faut un minimum de plusieurs mois pour créer un Serious Game. Aussi, tous ne se connaissaient pas, certains se sont inscrits en solo pour intégrer une équipe. D’autres venaient d’une formation chez Technocité en transmédia gaming. Il fallait donc faire connaissance et trouver un terrain d’entente. Deux écoles étaient présentes, l’Institut secondaire Jean Jaurès comptant une quinzaine d’élèves et la Haute école Albert Jacquard qui réunissait, pour la première fois, les sections pédagogique et infographique.

Un challenge, des rencontres, une expérience

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Une expérience où tout le monde en est sorti grandi, tant du côté des participants et des professeurs que des organisateurs. Il y régnait une bonne ambiance sympathique, sociale, humaine et bien évidemment pédagogique et techniques bien que certains moments n’étaient pas toujours faciles quand il faut concilier repos et travail.

Ici, pas de concurrence, bien au contraire, certains participants offraient leurs savoirs à d’autres équipes. Le concours n’était pas basé entre équipe mais plutôt au sein même d’un groupe en tentant de trouver des compromis entre programmeurs et pédagogues, mais aussi un défi personnel pour chacun d’entre eux et un intérêt particulier pour l’aspect pédagogique. D’ailleurs, après avoir sondé l’un et l’autre participants, aucun d’entre eux n’est venu pour “gagner”, mais bien pour participer, faire des rencontres, s’auto-défier, s’évaluer, connaître ses limites, découvrir d’autres compétences et surtout, apprendre par la pratique. L’un d’entre eux m’a confié vouloir connaître ses capacités en tant que chef de projet en menant un groupe de 6 personnes pour arriver à un résultat. “Je suis timide et j’ai toujours suivi les décisions des autres et là, je voudrais apprendre à faire l’inverse. J’ai déjà vécu l’expérience en tant que chef de projet et c’était très difficile de s’imposer.”
Des défis personnels mais aussi collaboratifs puisqu’une équipe a pour souhait de monter son propre studio et que la game jam est une opportunité de challenge autour du Serious Game, une nouvelle thématique pour eux.

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Le lendemain, samedi. Certains n’ont dormi que deux heures, d’autres un peu plus mais pas assez. Il y règne, malgré tout, une ambiance studieuse et une volonté d’avancer et tous les groupes semblent bien avoir évolué avec toujours à l’esprit, ce soucis de collaboration. On prend des moments de détente dans l’aire de repos et de jeux.

Côté organisation, ils me confient tous être agréablement étonnés du bon accueil, de la qualité de la nourriture et des locaux, des bonnes consignes et des conseils de certains organisateurs.

Pédagogie

La thématique étant l’éducation et avec la présence d’enseignants et futurs enseignants, il est intéressant de sonder l’aspect pédagogique tant dans l’expérience que pour le futur de l’apprentissage.

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Pour les professeurs de Jean Jaurès et d’Albert Jacquard, le souhait de vouloir intégrer la gamification au sein de leur enseignement n’est pas nouveau. Soutenus par la direction, l’objectif ici est de créer une dynamique et de la poursuivre dans le temps au sein même du programme scolaire. Les projets seront d’ailleurs finalisés à l’école.

Pour Jean Jaurès, les professeurs ont été confrontés à quelques défis comme la gestion d’un grand groupe, mais aussi des élèves de différents niveaux puisqu’il y en a de la 1ère année jusqu’à la 6ème secondaire. Autre aspect important, les professeurs n’ont pas toutes les compétences, notamment en programmation et en infographie. Ils ont donc du faire confiance aux élèves pour ces domaines et ont joué le rôle de médiateur. Chacun est d’ailleurs venu avec ses propres compétences, il fallait donc gérer une équipe par la confiance.

Pour les futurs enseignants, cette expérience leur a permis de réfléchir sur les changements à apporter dans l’enseignement, à réfléchir à ce qu’on fait et pourquoi on le fait, et aussi à apprendre à collaborer.

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Au même titre que les programmeurs, l’école est plus théorique et cette expérience permet une mise en pratique en étant confronté aux problèmes techniques et collaboratifs. Par contre, faire collaborer programmeurs et pédagogues n’a posé aucun souci, au contraire.

Travailler de cette manière, en rigolant, leur a permis d’apprendre beaucoup plus. Le futur de l’enseignement, c’est de les faire travailler plus par atelier en étant plus relax et en leur faisant confiance. La game jam est en quelque sorte un serious game, me confie leur professeure d’art plastique.

Le professeur de psycho-péda est quant à lui ravi que les élèves soient super réceptifs et dynamiques. Cette dynamique est d’autant plus la bienvenue par la majorité des élèves. Pour lui aussi, c’est le futur de l’enseignement. Il persiste actuellement un fossé technologique entre deux générations.Certains ne le prennent absolument pas en considération et continuent à avoir des méthodes pédagogiques un peu archaïques par rapport à la réalité du quotidien au niveau des usages nouvelles technologies et le serious gaming fait partie intégrante de ces nouvelles technologies. Il faut conscientiser l’enseignant que la technologie et le serious gaming est un bien nécessaire; ne plus venir uniquement avec un savoir à transmettre mais être là pour faciliter l’accès au savoir via les technologies, via les podcasts, via youtube, wikipedia et le serious gaming, ça fait partie d’un tout, une équipe pédagogique + technologique mais qui est en adéquation avec l’organisation.

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Du côté Albert Jacquard, nous sommes confrontés à deux tournures différentes concernant la collaboration entre programmeurs, infographistes et pédagogues. L’une se passe plutôt bien où chacun s’est vite rendu compte des profils différents et qu’il était important de se comprendre et de s’approprier les tâches de chacun. Pour les pédagogues, coder c’est du chinois, un travail leur a donc  permis d’aborder les bases. Ils ont très vite compris qu’ils devaient se faire confiance et ont travaillé sur les points forts et les points faibles de chacun pour émettre une base de travail. Chacun y a mis du sien pour s’améliorer et comprendre comment l’autre fonctionnait. Ils se sont donc penché dans un premier temps sur l’aspect jeu en ajoutant petit à petit la pédagogie, laquelle n’est pas lésée, simplement que le jeu est un prétexte pour aborder la pédagogie. Pédagogues et programmeurs ont donc travaillé en groupes scindés tout en réalisant des feedbacks régulièrement. Ils étaient déjà convaincus que certaines matières trop ennuyeuses à donner ou à apprendre seraient intéressantes à intégrer  dans un jeu pour mieux les aborder. Ils ont également travaillé sur la compétence. Le jeu étant un aspect pratique de la matière, il est essentiel que celui-ci puisse déceler les compétences du joueur et pas uniquement sur l’apprentissage du contenu. C’est magique, pour nous pédagogues de venir avec une idée et de la voir se concrétiser par les développeurs, c’est un peu Disneyland, dit un élève.

Pour l’autre groupe, trouver un terrain d’entente a été plus difficile où chacun (pédagogues et programmeurs) voulaient faire passer leur domaine avant. Le jeu est-il plus important ou la pédagogie ? Vaste débat qui, bien que le groupe ait vécu des tensions, ne peut qu’apporter un plus à chacun. Toute la difficulté est de trouver un rapport entre les deux. Ces tensions sont parfois nécessaires pour trouver une alternative qui mette tout le monde d’accord. Ils ont en tous cas très vite compris l’importance d’une collaboration et que le dialogue et la compréhension ont leur place tout autant que le reste.

Final et conclusion

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Dimanche 15h, c’est l’heure des présentations. On se réunit tous dans la salle de conférences et on découvre les différents projets. Vraiment du bon travail où qualité et graphisme nous ont agréablement étonnés.

L’objectif de rassembler le plus de filles possible était aussi une réussite puisqu’elles représentaient un tiers des participants. Les professeurs ont répondu à l’appel représentant à eux aussi un tiers des participants.

Une fois tous les projets présentés, chaque groupe devait choisir les trois meilleurs.

Les lauréats :

  1. Curious Craft avec Chroma, un jeu sur l’apprentissage des couleurs ;
  2. Flobby un jeu multi-joueurs sur les apprentissages de base (français, mathématiques, etc.)
  3. Immunoise, un jeu multi-joueurs sur la compréhension de nos défenses immunitaires

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Côté organisation, les participants ont trouvé l’ambiance excellente, une bonne organisation, un très bon accueil, de chouettes locaux et une bonne nourriture. Si l’événement se renouvelle, ils répondent présents.

Bravo à tous les participants qui ont fait preuve de persévérance, de créativité, de courage et d’engouement.

La révolution éducative par le Serious Game vient de commencer par ces équipes qui nous ont prouvé que réaliser des jeux éducatifs était un bon apprentissage, notamment en matière de compétences et de pratiques professionnelles, mais aussi de bons outils pédagogiques pour faire passer des matières parfois un peu trop abruptes dans le cadre d’un cours classique.

Vous présenter tous les projets dans cet article serait un peu trop long ici mais j’espère bien pouvoir consacrer un post pour chacun d’entre eux, après les avoir testé. Rendez-vous donc dans le prochain épisode !

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2 Responses to “KissYourTeacher, une game jam en route pour révolutionner l’éducation”

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